Loi démarchage 2026

Loi démarchage téléphonique 2026 : ce qui change le 11 août, et ce qui reste autorisé en B2B

Le 11 août 2026, appeler un particulier sans son consentement devient interdit et Bloctel disparaît. Le démarchage B2B, lui, reste autorisé. Si tu es freelance, agence web ou SMMA et que tu prospectes des commerces locaux, voilà exactement ce qui change pour toi, ce qui ne change pas, et quoi mettre en place avant la date.

Publié le 10 juillet 2026

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Liste de prospects locaux dans Coldcaller

Le résumé en 30 secondes

  • À partir du 11 août 2026, il sera interdit d'appeler un consommateur qui n'a pas donné son consentement préalable. C'est l'article 13 de la loi n° 2025-594 du 30 juin 2025, qui réécrit l'article L223-1 du code de la consommation.
  • Bloctel disparaît. La liste d'opposition n'a plus de raison d'être quand l'interdiction devient la règle par défaut.
  • Le B2B n'est pas concerné. Le texte vise « un consommateur ». Appeler un professionnel pour un sujet lié à son activité reste autorisé, sous les règles CNIL et RGPD qui existaient déjà.
  • Les sanctions sont lourdes : jusqu'à 375 000 € pour une société, avec publication de la décision aux frais du sanctionné.

Ce qui change le 11 août 2026 : le B2C passe à l'opt-in

Jusqu'ici, le principe était l'opt-out : tout le monde pouvait être appelé, sauf les inscrits sur Bloctel. La loi n° 2025-594 du 30 juin 2025 inverse la logique. Le nouvel article L223-1 du code de la consommation, applicable au 11 août 2026, pose une interdiction claire :

« Il est interdit de démarcher par téléphone, directement ou par l'intermédiaire d'un tiers agissant pour son compte, un consommateur qui n'a pas exprimé préalablement son consentement à faire l'objet de prospections commerciales par ce moyen. »

Le consentement exigé n'est pas une case pré-cochée ni un silence qui vaudrait accord. Le texte le définit comme une manifestation de volonté libre, spécifique, éclairée, univoque et révocable, exprimée par un acte positif clair. Et c'est au professionnel de prouver qu'il l'a recueilli. Pas de preuve, pas d'appel.

Deux exceptions survivent :

  • Le contrat en cours. Tu peux appeler un client consommateur pour tout ce qui a un rapport avec l'objet de son contrat, y compris pour proposer des produits ou services complémentaires (exception prévue par le nouvel article L223-1 lui-même).
  • La presse. La prospection pour la fourniture de journaux, périodiques ou magazines reste hors du champ de l'interdiction (article L223-5).

Et certains secteurs sont interdits d'appel même avec consentement. Au téléphone, la rénovation énergétique et la production d'énergies renouvelables sont déjà interdites depuis juillet 2020 (loi n° 2020-901). La loi de 2025 a étendu l'interdiction, depuis le 2 juillet 2025, au SMS, à l'email et aux réseaux sociaux, en y ajoutant l'adaptation des logements au vieillissement ou au handicap (article L223-8). Au téléphone, ce dernier secteur sera couvert à compter du 11 août 2026.

La fin de Bloctel

Bloctel, créé par la loi Hamon de 2014 et lancé en 2016, permettait aux consommateurs de s'inscrire gratuitement sur une liste d'opposition. Le dispositif n'a jamais vraiment percé : d'après le rapport du Sénat n° 118 (2024-2025), il comptait environ 6,2 millions d'inscrits fin 2024, soit à peine 9 % des Français. Le même rapport cite un sondage où 97 % des Français se disent agacés par le démarchage.

Avec le passage à l'opt-in, une liste d'opposition n'a plus de sens : tout le monde est protégé par défaut. Le site officiel bloctel.gouv.fr annonce que la liste cessera d'exister après le 11 août 2026, date qui correspond aussi à la fin de la concession du service. D'ici là, l'inscription reste active et opposable.

Ce qui ne change pas : le démarchage B2B reste légal

C'est le point que beaucoup d'articles survolent, et c'est pourtant celui qui compte si tu vends des sites web, du marketing local ou de la gestion de réseaux sociaux à des commerces.

Toute la réforme est écrite pour « un consommateur ». L'article liminaire du code de la consommation définit le consommateur comme une personne physique qui agit à des fins qui n'entrent pas dans le cadre de son activité commerciale, industrielle, artisanale, libérale ou agricole. Un restaurateur que tu appelles pour refaire le site de son restaurant n'agit pas en consommateur : il agit pour son activité. Ton appel est du B2B, et il n'entre pas dans le champ de l'interdiction.

La CNIL le confirme dans sa fiche sur la prospection téléphonique, mise à jour le 10 juin 2026 : les consommateurs ne pourront plus être démarchés sans consentement à compter du 11 août 2026, et le B2B conserve son régime propre, fondé sur l'intérêt légitime.

Ce régime B2B n'est pas une zone de non-droit. Quatre règles s'appliquent, et elles s'appliquaient déjà avant la loi de 2025 :

  • La sollicitation doit être en rapport avec la profession de la personne appelée. Proposer un logiciel de caisse à un gérant de restaurant : oui. Lui vendre un abonnement de salle de sport perso : non, là tu parles au consommateur, pas au professionnel.
  • Tu dois informer la personne. Quand tu n'as pas collecté ses coordonnées auprès d'elle (fiche Google Maps, annuaire, base de données), l'article 14 du RGPD t'impose de l'informer au plus tard lors du premier contact : qui tu es, pourquoi tu la contactes, d'où viennent ses données, et qu'elle peut s'y opposer.
  • Le droit d'opposition est absolu. Un « ne me rappelez plus » n'a pas à être justifié et doit être respecté immédiatement. La CNIL recommande une liste repoussoir interne : tu y conserves le numéro (au minimum 3 ans, éventuellement sous forme d'empreinte) dans le seul but de ne plus jamais le rappeler.
  • Les données de prospects ont une durée de vie. Le référentiel CNIL sur la gestion commerciale retient 3 ans à compter de la collecte ou du dernier contact émanant du prospect.

Les sanctions : ce que tu risques vraiment

Tout manquement aux règles du démarchage téléphonique (articles L223-1 à L223-5 du code de la consommation) est passible d'une amende administrative pouvant atteindre 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale (article L242-16). La sanction est prononcée par la DGCCRF et la décision est publiée aux frais du sanctionné. Pour une agence qui vit de sa réputation locale, la publication fait souvent plus mal que le chèque.

Ce n'est pas théorique. Le rapport du Sénat n° 118 indique que lors des contrôles menés par la DGCCRF en 2023 sur environ 5 300 établissements, près de 60 % ne respectaient pas la réglementation, et 198 amendes ont été prononcées pour un total d'environ 4,4 millions d'euros. Côté CNIL, le groupe Canal+ a écopé en octobre 2023 d'une amende de 600 000 €, notamment pour de la prospection sans consentement.

À retenir : ces sanctions frappent le démarchage illégal de consommateurs. Si ta prospection est strictement B2B et propre sur l'information et l'opposition, tu n'es pas la cible de ce dispositif. Le risque pour toi, c'est la dérive : un fichier qui mélange pros et particuliers, ou des relances à quelqu'un qui a dit non.

Ton plan d'action avant le 11 août 2026

Concrètement, pour un freelance ou une agence qui prospecte des commerces locaux, voilà les points à mettre en place. Compte une après-midi. Et si tu veux la version orientée conquête, on a écrit un plan d'action complet pour prospecter après le 11 août.

  1. Nettoie ta cible. Ne garde que des entreprises identifiables : établissement avec fiche Google Maps, SIRET, adresse pro. Si un numéro ne se rattache pas à une activité professionnelle vérifiable, sors-le du fichier.
  2. Vérifie la cohérence offre-cible. Ton service doit concerner l'activité de la personne appelée. Agence web qui appelle des restaurateurs pour leur site : cohérent. Garde cette logique traçable liste par liste.
  3. Prépare ta phrase d'ouverture. Identité, entreprise, objet de l'appel. Et si on te demande d'où vient le numéro, réponds précisément : « depuis votre fiche Google Maps » ou « depuis l'annuaire officiel des entreprises ».
  4. Monte ta liste repoussoir. Chaque « non, ne me rappelez pas » est enregistré le jour même et le numéro n'est plus jamais composé. Conserve cette liste au moins 3 ans.
  5. Traite les indépendants avec précaution. Un auto-entrepreneur est un professionnel quand ton offre concerne son activité. Hors de ce cadre, c'est un consommateur et l'opt-in s'applique. On a détaillé cette zone grise ici.
  6. Purge ton CRM. Prospects sans contact depuis 3 ans : on supprime. Numéros en opposition : liste repoussoir, pas de suppression.
  7. Documente. Source de chaque liste, date de collecte, oppositions traitées. En cas de contrôle, c'est ta preuve de bonne foi.

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Le calendrier à retenir

DateCe qui s'applique
26 juillet 2020Interdiction du démarchage téléphonique en rénovation énergétique et énergies renouvelables, même avec consentement (loi n° 2020-901).
2 juillet 2025Extension de l'interdiction sectorielle au SMS, à l'email et aux réseaux sociaux, et ajout de l'adaptation des logements au vieillissement ou au handicap (article L223-8).
Jusqu'au 10 août 2026Régime actuel pour les particuliers : opt-out via Bloctel, horaires encadrés (lundi-vendredi, 10 h - 13 h et 14 h - 20 h), maximum 4 tentatives par mois.
11 août 2026Opt-in généralisé pour les consommateurs. Fin de Bloctel. Le B2B continue sous le régime RGPD et doctrine CNIL.

Références vérifiées sur Légifrance et bloctel.gouv.fr le 10 juillet 2026.

Cet article informe, il ne conseille pas : ceci n'est pas un conseil juridique. Pour ta situation précise, vois un avocat ou la DGCCRF.

Les questions qu'on nous pose sur la loi 2026

Le démarchage téléphonique B2B est-il interdit en 2026 ?
Non. L'interdiction qui entre en vigueur le 11 août 2026 vise le démarchage d'un « consommateur », c'est-à-dire une personne physique qui agit en dehors de son activité professionnelle. Appeler une entreprise ou un indépendant pour lui proposer un service lié à son activité reste autorisé, sous les règles du RGPD : sollicitation en rapport avec sa profession, information et droit d'opposition.
Puis-je encore appeler des entreprises après le 11 août 2026 ?
Oui. Le nouvel article L223-1 du code de la consommation ne concerne que les consommateurs. La prospection téléphonique B2B reste sur son régime actuel : pas de consentement préalable exigé, mais tu dois pouvoir justifier d'un intérêt légitime, informer la personne et respecter son opposition dès qu'elle l'exprime.
C'est quoi exactement un « consommateur » au sens de la loi ?
L'article liminaire du code de la consommation le définit comme « toute personne physique qui agit à des fins qui n'entrent pas dans le cadre de son activité commerciale, industrielle, artisanale, libérale ou agricole ». Le critère n'est pas le statut de la personne mais la finalité de l'appel. Le cas des indépendants est détaillé dans notre article sur la prospection des auto-entrepreneurs.
Qu'est-ce qui remplace Bloctel après le 11 août 2026 ?
Rien, et c'est logique : Bloctel servait à dire « ne m'appelez pas » dans un système où l'appel était permis par défaut. À partir du 11 août 2026, c'est l'inverse : l'appel d'un consommateur est interdit par défaut, sauf consentement préalable. Le site officiel Bloctel annonce lui-même que la liste d'opposition cessera d'exister après cette date.
Quelles sanctions si j'appelle un particulier sans son consentement ?
L'amende administrative peut atteindre 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale (article L242-16 du code de la consommation). Elle est prononcée par la DGCCRF et la décision est publiée aux frais de la personne sanctionnée.
Les horaires 10 h - 13 h et 14 h - 20 h s'appliquent-ils au B2B ?
En droit strict, non : le décret n° 2022-1313 qui fixe ces plages (du lundi au vendredi, hors jours fériés) encadre le démarchage des consommateurs. Rien ne t'interdit légalement d'appeler une entreprise à 9 h. C'est en revanche une bonne référence de bon sens : un restaurateur appelé pendant son coup de feu de midi ne signera pas.
Dois-je utiliser un préfixe dédié (0162, 0948...) pour prospecter ?
Le critère n'est pas B2B ou B2C mais le mode d'émission de l'appel. Depuis 2023, les appels passés par des systèmes automatisés doivent utiliser les numéros polyvalents vérifiés (0162, 0163, 0270, 0271, 0377, 0378, 0424, 0425, 0568, 0569, 0948, 0949) selon la décision ARCEP n° 2022-1583. Un appel que tu composes manuellement depuis ton téléphone n'est pas concerné.
Puis-je appeler le portable d'un gérant trouvé sur une fiche Google Maps ?
Oui, sous conditions. Un numéro affiché publiquement reste une donnée personnelle : la CNIL exige que l'objet de ton appel soit en rapport avec la profession de la personne, que tu l'informes au plus tard au premier contact et que tu respectes son opposition. Le détail est dans notre article dédié au portable des dirigeants.
Que dois-je dire au début d'un appel de prospection B2B ?
Qui tu es, pourquoi tu appelles, et si on te le demande, d'où vient le numéro. C'est l'application de l'article 14 du RGPD : quand tu n'as pas collecté les données auprès de la personne, tu dois l'informer au plus tard lors de la première communication, notamment de la source des données et de son droit d'opposition.

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